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Télématin - émission

L’emission

Télématin, bientôt 25 ans !

 Se réveiller en douceur avec la voix suave de Jacques Dutronc, boire son café devant les actualités, se coiffer en écoutant la chronique sport ou jardinage, surveiller du coin de l’œil la petite horloge en bas à gauche de l’écran, tout cela fait désormais partie des rituels quotidiens des Français depuis bientôt 25 ans. Car pour bien démarrer la journée, rien de tel qu’une bonne dose de Leymergie.

Entretien avec William Leymergie, animateur et producteur de l’émission culte et matinale.

1. Si vous deviez dresser aujourd’hui un bilan de toutes ces années de Télématin, quel serait-il ?
J’aurais 1 000 pages à écrire ! Pour résumer, le bilan est positif. Même si, à la différence des Anglo-Saxons ou des Japonais, les Français ont mis du temps à consommer l’image le matin, leur compagnon d’info matinal restant majoritairement la radio.

2. Les audiences de Télématin dépassent pourtant aujourd’hui celles de la radio...
C’est vrai. Mais, en France, regarder la télévision reste principalement un moment de divertissement. Comme on ne se divertit pas à sept heures du matin, nous nous sommes donc alignés sur la manière dont les radios informaient. Grâce à un rythme rapide, une explication claire et concise, les Français ont progressivement appris à se servir de la télévision comme moyen d’information.

3. Pourquoi les Français ont-ils mis "du temps à consommer l’image le matin" ?En France, le repas du matin n’est pas vraiment considéré comme un vrai repas : on ne prend pas son petit déjeuner, on l’expédie - contrairement aux Anglo-Saxons qui, eux, prennent le temps de partager ce moment en famille, bien souvent dans la cuisine, dotée d’un téléviseur. Et puis, tout le monde n’est pas équipé de plusieurs postes de télévision. Pour changer les choses, des solutions sont envisagées : des constructeurs de miroirs ont récemment pensé à inclure un petit téléviseur dans la partie inférieure de la glace, ce qui permet de se laver les dents, se raser ou se coiffer tout en regardant la télévision. Mais ce système n’existera d’abord que dans certains hôtels de luxe français actuellement en construction

4. Au fil des ans, plus la concurrence a grandi, plus les audiences de Télématin ont augmenté. Comment l’expliquez-vous ?
C’est un phénomène bien connu appelé le syndrome du faubourg Saint-Antoine. A l’origine, seuls trois marchands de meubles étaient installés sur ce faubourg. Le jour où il y en a eu trente, la clientèle s’est considérablement accrue puisque, évidemment, les commerçants étaient tous regroupés au même endroit ! Plus il existe de programmes de télévision, plus les téléspectateurs sont nombreux. Voilà pourquoi j’ai toujours plaidé pour la concurrence !

5. A propos du secret de longévité de l’émission, vous aviez déclaré dans Libération qu’il fallait "savoir changer des petits détails, sans tout bouleverser, être contemporain mais pas d’avant-garde". Pouvez-vous revenir sur ces propos ?
L’avant-garde se démode. Nous sommes des gens d’aujourd’hui et ne devons pas être "excessifs" dans la modernité, de façon à pouvoir durer - ce qui est notre cas. Télématin doit se situer dans l’air du temps, tant au niveau du ton et de l’image que du commentaire. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut brusquer le public en bouleversant tout en un claquement de doigts. Les aménagements de l’émission sont donc indispensables, constants mais quasi imperceptibles. Il ne faut pas les claironner car le téléspectateur ne doit pas se sentir "bousculé" dans ses habitudes.

6. Quel est le ton Télématin ?Souriant tout le temps. Drôle souvent. Un ton doux et aimable autour de l’information est capital pour les téléspectateurs. On ne me parle que de ça ! L’essentiel est de ne jamais considérer que l’actualité se fait grâce à nous, de ne jamais se prendre, comme certains, pour les événements. En tant que vecteurs, nous ne faisons que les rapporter.

7. Vous avez déclaré "être d’une école où [vos] maîtres s’appellent Tchernia ou Chancel"...
Oui, j’admire ces animateurs pour leur modestie et leur bagage culturel, nécessaire pour comprendre tout ce qui se dit et le traduire au public.

8. Beaucoup des chroniqueurs passés dans Télématin volent aujourd’hui de leurs propres ailes...J’ai effectivement du nez ! Le choix des chroniqueurs est avant tout basé sur une présence, un regard et des connaissances. C’est vrai que Télématin est à la fois un centre d’information et de formation. Beaucoup sont venus faire leurs classes ici et je suis content qu’ils aiment bien leur vieil instituteur !


9. Le public de l’émission est très éclectique ...
La télévision est très curieuse pour ça. Elle est regardée par tout le monde, tous âges confondus. En dehors du fait que l’émission s’adresse plutôt à des gens actifs, le public de Télématin n’est pas ciblé. Je suis toujours un peu surpris d’avoir dans mon auditoire aussi bien un PDG qu’un agriculteur de la Beauce.

10. D’autant que Télématin est aussi diffusé dans près de 200 pays. Vous y pensez quand vous présentez l’émission ?
Nous recevons tant de mails des pays étrangers que nous sommes obligés d’y penser. Du coup, nous avons instauré sur le plateau un poste de réception de ces messages auxquels nous répondons immédiatement.

11. Avez-vous encore le trac aujourd’hui quand vous prenez l’antenne ?
Je crois que pour n’importe quelle émission de direct, quel que soit l’enjeu, il existe une vraie tension. De toute façon, on ne peut faire deux heures de direct au quotidien sans avoir en permanence tous ses sens en éveil. En cela, le direct est fatigant mais je ne pense pas que cette tension corresponde au trac. Cela dit, je peux l’avoir assez facilement. Et c’est tant mieux.

12. Vous souvenez-vous de votre tout premier Télématin ?
C’était en 1985 et j’étais dans un état second ! Pour le service public, ouvrir la télévision du matin était un grand événement. Aujourd’hui encore, je ne comprends toujours pas comment j’ai réussi à dormir la veille ! Mais le deuxième jour fut bien plus difficile que le premier...

13. Pourquoi ?
Lors de la première émission, j’étais ailleurs, sur un nuage. C’est vraiment le deuxième jour que le quotidien commence. Il ne s’agit plus d’une émission exceptionnelle et l’on commence à prendre conscience de l’enjeu.

14. Que peut-on souhaiter à Télématin pour les 20 prochaines années ?
Que mes successeurs, un jour, respectent les règles dont nous parlions tout à l’heure : ne pas brutaliser l’outil de travail, y apporter un autre style, si nécessaire, mais respecter le rythme de l’émission, tout en faisant en sorte que le message passe de manière claire et aimable.


Propos recueillis par Céline Boidin - France 2

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